Comment ne pas être un comité d’entreprise simplement dédié aux avantages salariés ?

    les avantages du ce

    Pour continuer dans notre lancée nous voulions parler d’une chose importante à nos yeux. Le célèbre « élu cadeau » ou « CE cadeau » !

    Vous la connaissez tous et vous la redoutez tous, c’est la casquette d’élu cadeau. Mais qu’est-ce qu’un élu cadeau pour ceux qui feraient semblant de ne pas savoir ?

    Il s’agit d’un élu au comité d’entreprise qui a en quelque sorte, bien trop écouté les salariés de l’entreprise. C’est celui, qui sans le vouloir bien sûr, est petit à petit rentré dans la course aux chèques cadeaux et aux subventions sans prendre le temps de se former sur ses prérogatives. C’est donc quelqu’un qui va amplifier le phénomène du comité d’entreprise “qui n’est bon qu’à distribuer des chèques cadeaux”.
    Généralement vous ne vous en rendez pas compte, et puis d’un coup vous entendez certaines phrases du type « moi, vous savez, je fais des chèques cadeaux et ils me laissent tranquille… »… Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas une critique, loin de là ! Si vous avez l’impression de rentrer dans ce cercle ou que vous pensez déjà y être, n’arrêtez pas la lecture de cet article. Sait-on jamais !

    Allez, attaquons rapidement dans le vif du sujet. Pourquoi devient-on élu cadeaux ? Comment cela se produit ? Et comment l’éviter ? On vous explique tout.

    Pourquoi ? Les idées reçues ont la peau dure, un peu trop même.

    “Ils sont où mes chèques cadeaux ??”

    mes cheques cadeaux

    Cette phrase est symptomatique de l’image du comité d’entreprise, c’est simple : demandez à n’importe qui autour de vous « qu’est-ce qu’un bon comité d’entreprise » et vous entendrez très certainement qu’il s’agit des CE ayant le plus d’avantages. (Pour rappel c’est bien plus que ça).
    Logique, le salarié perçoit directement ce type d’avantages (qu’ils soient physiques via la distribution de chèques cadeaux ou de chèques vacances ou immatériels par l’attribution d’une enveloppe de subventions à dépenser dans l’année ). Il s’agit en effet d’un avantage qui tient à coeur même aux plus grosses entreprises de France car elles sont un véritable aimant à postulants comme par exemple dans le secteur bancaire où les subventions peuvent frôler un SMIC supplémentaire de pouvoir d’achat.

    Il est vrai que dans le fond, il s’agit d’une des fonctions du comité d’entreprise (même si dans les faits, nous parlerons plus de faciliter l’accès à la culture). Pour autant ces avantages cristallisent toute l’attention des salariés dessus. Et bien sur les salariés vont oublier la véritable fonction du comité d’entreprise. Désolé pour vous…

     

    “C’est que des planqués”

    En France, si on est élu, on est planqué, celle là on l’aime bien aussi ! C’est simple, pour beaucoup de salariés, le statut d’élu est un statut privilégié, les salariés n’étant que très rarement sensibilisés aux missions structurelles du comité d’entreprise, ils vont se dire que leurs élus ne servent qu’à leur distribuer des avantages et à en profiter aussi de leur côté !

    Cette idée fonctionne si bien, que quand un comité d’entreprise ne dispose pas de budget d’activités sociales et culturelles, les salariés ne comprennent plus l’intérêt de l’existence de cette entité. Ils vont alors se demander quel est l’intérêt d’avoir des élus et donc naturellement se dire qu’ils en profitent sur leur dos. La psychologie humaine est assez drôle n’est-ce pas ?

     

    Comment ? Décryptage de l’évolution de l’élu

    Aucun psychologue ne s’est penché dessus. C’est bien dommage, je suis sûr qu’on pourrait en faire un véritable best-seller. Alors listons les différentes phases.

    Phase 1 : l’entrain

    😀

    Vous êtes fraîchement élu et vous arrivez plein d’espoir. Vous souhaitez améliorer le dialogue et le tissu social de votre entreprise, avoir plus de transparence avec la direction et partir sur des bases saines.
    Généralement à ce stade, vous n’avez pas encore expérimenté les premiers retours négatifs. Garder cet état d’esprit est très complexe mais finalement très important car les autres phases vont être déterminantes.

    Phase 2 : l’inquiétude

    🤔

    Mois après mois, vous avez l’impression de ne plus rien faire avancer et la situation d’élu dont vous rêviez n’a strictement rien à voir. Vous vous rendez compte qu’il faut prendre en compte énormément de choses différentes. Vous avez peut-être la malchance d’avoir eu d’anciens élus qui ont très mal tenu la barque et vous récupérez un bateau à la dériv ou l’inverse, c’est à dire que la barre est, pour vous, trop haute et vous vous inquiétez des premiers retours négatifs des salariés.

    Phase 3 : la remarque

    😤

    Il s’agit de la phase « pivot ». Les retours négatifs des salariés : “les chèques cadeaux ont eu 2 jours de retard”, “le produit que j’ai commandé n’est jamais arrivé”, “l’événement organisé était horrible”, “le chèque cadeau que vous m’avez offert n’est pas utilisable dans la boutique de mon tailleur japonais favori”…
    Vous vous rendez compte que vos actions économiques ne sont jamais mises en valeur ou soulevées et que la majorité des salariés bloquent sur des questions, qui pour vous, sont en décalage avec ce que vous imaginiez au début !

    Phase 4 : le transfert

    😩

    Quand vous remarquez que toutes les remarques et les critiques sont liées aux avantages proposés aux salariés, logiquement vous allez vous concentrer dessus. Et cela va vous prendre beaucoup de temps, vous allez donc concentrer tous vos efforts sur les avantages et peut-être peu à peu oublier vos prérogatives économiques.

    Phase 5 : la mutation

    🙇🎁

    Vous finissez par vous concentrer uniquement sur les avantages proposés aux salariés. Les collègues ne voient que ça, autant ne faire que ça alors et vos prérogatives économiques sont mises de côté peut-être définitivement, et voilà, nous y sommes : votre comité d’entreprise a fini sa mutation en CE cadeaux.

     

    Comment l’éviter ?

    Vous vous reconnaissez ? Vous avez l’impression de tomber petit à petit dans ce statut ? Il n’est jamais trop tard pour faire marche arrière, loin de là. Vous êtes élu pour un long moment, autant en profiter.

    Prenez le taureau par les cornes.

    comprendre ses salariés

    En clair, considérez dès le début que les salariés peuvent avoir de grandes difficultés à comprendre vos missions. (Il s’agit du cercle vicieux dont nous parlions dans cet article). Il faut donc prendre beaucoup de temps pour expliquer, dialoguer et faire comprendre vos véritables prérogatives.
    Les comités d’entreprises sont aujourd’hui considérés comme de véritables entreprises au sein d’une entreprise. Dites-vous donc que le secret de la réussite c’est la transparence. Un salarié vous demande pourquoi il n’a pas autant de subvention que son conjoint ? Prenez le temps de lui détailler rapidement le budget ASC disponible et les possibilités à votre disposition.

    Il est est pour nous essentiel d’aller vers les salariés, non pas seulement pour la campagne de chèques cadeaux ou de paniers gourmands, mais vraiment à chaque fois qu’une décision est prise. Vos heures de délégation sont précieuses, elles doivent donc vous servir au bon fonctionnement du comité d’entreprise.

    Vous pouvez par exemple mettre en place une newsletter mensuelle en direction des salariés pour évoquer les questions économiques. Vous pouvez aussi ne plus seulement procéder à un affichage des dernières réunions seulement dans les locaux du CE mais proposer encore une fois un résumé en ligne.

     

    Composez avec vos budgets et choisissez les meilleurs outils.

    Prenez le temps de bien lister vos budgets et surtout n’hésitez pas à profiter des outils actuels. Bien sûr en fonction de certains comités d’entreprises le format papier fonctionne mieux, mais si vous le pouvez, vous avez aujourd’hui des dizaines de facilitateurs qui vont vous permettre de mieux travailler et de mieux communiquer, des outils qui peuvent être utilisés avec le budget de fonctionnement qui plus est alors pourquoi s’en priver !

    Comme c’est le cas de l’entreprise qui va s’équiper d’un logiciel pour la force de vente ou d’un logiciel pour la gestion des stocks et de la facturation par exemple, il existe pour les comités d’entreprises des solutions adaptées à vos besoins.
    Outil de gestion, de communication, externalisation de la billetterie, outil comptable, logiciel de gestion des ASC, etc… Ce type de solution est généralement évolutive, c’est-à-dire qu’elle va s’adapter en terme de coût et de fonctionnalités aux nombres de salariés pouvant ainsi être accessibles même pour les plus petits comités d’entreprises.

     

    La réforme ne va pas vous aider.

    Il est important de le dire, la réforme ne va clairement pas vous favoriser dans cette mission. Si vous ne fusionnez pas encore vos IRP, vos heures vont diminuer dans tous les cas. La fusion des instances va aussi limiter le nombre d’élus et donc augmenter la charge de travail qui vous incombe. Si vous ne pouvez éviter la déferlante qui arrive, vous pouvez au moins vous y préparer.

    Les prochaines années vont donc être charnières en terme de structuration des instances. Équipements, outils, logiciels, et communication seront les fers de lance pour éviter de se retrouver d’un coup avec moins d’heures et plus de travail. Notre conseil est donc d’externaliser au maximum les actions liées à l’administratif si vous le pouvez.

     

    Une possibilité de transférer les excédents d’un budget à l’autre.

    En effet la réforme va permettre aux comités d’entreprises d’effectuer un transfert d’excédent chaque fin d’année avec un vote à la majorité. Vos comptes seront toujours séparés mais vous aurez la possibilité d’augmenter le budget de fonctionnement ou des ASC. En soit cela peut être bénéfique pour un CE qui ne dispose pas d’un budget ASC et qui souhaite sacrifier une partie du budget de fonctionnement non utilisé mais autrement cela pourrait être aussi un moyen de renforcer d’autant plus l’effet d’un CE cadeaux.
    Ne cédez donc pas à l’alarme du transfert si vous disposez déjà d’un budget ASC conséquent ou tout du moins suffisant !